Thursday, July 26, 2007

Changeons notre rapport à l'enfant

Où est la racine du problème de l'éducation ? dans notre rapport à l'enfant nous dit Maria Montessori dans "l'enfant dans sa famille" p141-142 édition Desclée de brouwer.

"Or les soi-disant problèmes de l'éducation -notamment ceux qui concernent l'individualité, le caractère,le développement de l'intelligence -trouvent leur origine dans le conflit permanent qui existe entre l'adulte et l'enfant. Les obstacles que l'adulte oppose à l'enfant sont nombreux et graves; ils sont d'autant plus dangereux que l'adulte s'adresse continuellement à l'enfant, qu'il s'arme contre lui en quelque sorte par le droit, la science et sa volonté de le diriger selon ses propres convictions. C'est pourquoi,l'adulte le plus proche de l'enfant -la mère ou l'éducateur - est justement celui qui représente le plus grand danger pour la formation de la personnalité enfantine. La question de ce conflit primitif entre le fort et le faible, ne concerne pas seulement l'éducation, mais elle se reflète aussi dans la vie psychique de l'adulte, en donnant la clé de nombreuses psychopathies et anomalies du caractère et du sentiment; la question est donc d'ordre universel si ce n'est cyclique, car elle passe de l'adulte à l'enfant et de l'enfant à l'adulte."

Biensûr nous ne voulons pas de mal à nos enfants...mais nos capacités à supporter les conséquences de leurs besoins entrent parfois très durement en conflit avec nos propres besoins, et là, c'est la crise ! Tant que le rapport parent - enfant ou éducateur - enfant est un rapport de force, nous sommes dans une impasse. Chacun essayant désespéremment d'aller vers une satisfaction de ses besoins. Pourtant, le plus souvent, le seul à pouvoir prendre un peu de distance par rapport à la situation, le seul capable de rompre le cercle vicieux, c'est l'adulte. A lui de prendre conscience des besoins de l'un et l'autre, et de les mettre en mots, pour aider la reprise de dialogue. Car ce n'est pas dans le conflit que la solution durable peut-être trouvée, c'est dans le dialogue. Il nous faut prendre soin de la communication. Pour améliorer le système, il faut donc commencer par l'adulte. Et c'est ce que nous dit Maria Montessori dans la suite du texte:

"Le premier pas pour résoudre intégralement le problème de l'éducation ne doit pas être fait vers l'enfant, mais vers l'adulte éducateur: il faut apporter de la clarté à sa conscience et le libérer d'un grand nombre de préjugés ;
pour finir, il faut changer ses attitudes morales."

Prendre conscience, trier les ideés et épurer notre vision du monde...aller vers plus de vérité, revisiter nos façon de concevoir les choses, et encore évacuer ce qui ne nous semble insuffisamment juste, jusqu'à, petit à petit, penser de plus en plus par nous même, et quitter le pilotage automatique des idées pré-concues (pilotage indispensable quand on n'a rien d'autre ! mais peu précis quand on compare à la délicatesse du pilotage manuel !)pour une vision personnelle INCARNEE. C'est quand l'idée atteind le corps qu'elle existe vraiment. Et c'est à ce moment que le corps rencontre le réel concret de l'environnement. Modeler le contexte dans lequel l'enfant va puiser la matière de sa construction afin qu'il trouve ce dont il a besoin. Répondre à ce besoin, comme on choisi une alimentation équilibrée, pour éviter les carences, ou les excès qui génèrent les problèmes éducatifs. Maria M. continue sur ce thème :

"Ce premier pas est suivi du deuxième: préparer à l'intention de l'enfant un environnement sans obstacles, adapté à sa vie."

Mais elle s'empresse d'ajouter :

"L'environnement ne peut être déterminé que par une seule personne: l'enfant lui-même,lequel, au fur et à mesure qu'il est libéré du besoin de lutter contre des obstacles, commence à manifester ses caractéristiques supérieures et ses tendances les plus élevées et pures de créateur d'une nouvelle personnalité."

Il nous faut donc à la fois observer les besoins de l'enfant et agir sur l'environnement pour que ses besoins (et non pas ses désirs !) soient comblés.

1 comment:

alexandra said...

merci pour tous ces textes, ces réflexions.
votre écriture est limpide et arrive à formuler ce qui reste un peu confus en moi.
je suis pour une éducation telle que vous la décrivez, mais ai pour mes enfants un papa colérique qui n'arrive pas à sortir de la compétition des besoins (il n'en ai pas moins un papa aimant et qui essaie d'être à l'écoute).
lire ces textes me permet de ne pas douter et de maintenir le cap même lorsque que j'entends dire "on est fatigués, ça ne peut pas être simple, on dit une fois et elles obéissent".
merci donc pour ce chemin partagé qui éclaire si bien le mien
merci aussi pour le blog d'alexandre, la cielisation de votre petit m'a bouleversé et j'ai associé mes larmes au vôtre, si vous me le permettez.
je vous espère plus apaisée à la pensée de vos petits et pouvant goûter leurs présence en l'essence même de ce monde, sentir la caresse de leur âme dans une petite brise bienvenue.

merci